Popular Tales

Charles Perrault

14 chapters · about 2 h

Get it in Sphinx

Coming soon to iPhone and Android. Join the waitlist to hear when Sphinx opens.

Join the waitlist
Your phone

We'll only email you about Sphinx; you can ask us to remove you any time.

The opening

LA BELLE AU BOIS DORMANT

CONTE.

Il estoit une fois un Roi & une Reine, qui estoient si faschez de n’avoir point d’enfans, si faschez qu’on ne sçauroit dire. Ils allerent à toutes les eaux du monde, vœux, pelerinages, menuës devotions; tout fut mis en œuvre, & rien n’y faisoit: Enfin pourtant la Reine devint grosse, & accoucha d’une fille: on fit un beau Baptesme; on donna pour Maraines à la petite Princesse toutes les Fées qu’on pust trouver dans le Pays, (il s’en trouva sept,) afin que chacune d’elles luy faisant un don, comme c’estoit la coustume des Fées en ce temps-là, la Princesse eust par ce moyen toutes les perfections imaginables. Aprés les ceremonies du Baptesme toute la compagnie revint au Palais du Roi, où il y avoit un grand festin pour les Fées. On mit devant chacune d’elles un couvert magnifique, avec un estui d’or massif, où il y avoit une cuillier, une fourchette, & un couteau de fin or, garni de diamans & de rubis. Mais comme chacun prenoit sa place à table, on vit entrer une vieille Fée qu’on n’avoit point priée parce qu’il y avoit plus de cinquante ans qu’elle n’estoit sortie d’une Tour, & qu’on la croyoit morte, ou enchantée. Le Roi lui fit donner un couvert, mais il n’y eut pas moyen de lui donner un estuy d’or massif, comme aux autres, parce que l’on n’en avoit fait faire que sept pour les sept Fées. La vieille crût qu’on la méprisoit, & grommela quelques menaces entre ses dents: Une des jeunes Fées qui se trouva auprés d’elle, l’entendit, & jugeant qu’elle pourrait donner quelque fâcheux don à la petite Princesse, alla dés qu’on fut sorti de table, se cacher derriere la tapisserie, afin de parler la derniere, & de pouvoir réparer autant qu’il luy seroit possible le mal que la vieille auroit fait. Cependant les Fées commencerent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune luy donna pour don qu’elle seroit la plus belle personne du monde, celle d’aprés qu’elle auroit de l’esprit comme un Ange, la troisiéme qu’elle auroit une grace admirable à tout ce qu’elle feroit, la quatriéme qu’elle danseroit parfaitement bien, la cinquiéme qu’elle chanteroit comme un Rossignol, & la sixiéme qu’elle joüeroit de toutes sortes d’instrumens dans la derniere perfection. Le rang de la vieille Fée estant venu, elle dit en branlant la teste, encore plus de dépit que de vieillesse, que la Princesse se perceroit la main d’un fuseau, & qu’elle en mourroit. Ce terrible don fit fremir toute la compagnie, & il n’y eut personne qui ne pleurât. Dans ce moment la jeune Fée sortit de derriere la tapisserie, & dit tout haut ces paroles: Rassurez-vous Roi et Reine, vostre fille n’en mourra pas: il est vrai que je n’ay pas assez de puissance pour défaire entierement ce que mon ancienne a fait. La Princesse se percera la main d’un fuseau; mais au lieu d’en mourir, elle tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d’un Roi viendra la réveiller. Le Roi pour tâcher d’éviter le malheur annoncé par la vieille, fit publier aussi tost un Edit, par lequel il deffendoit à toutes personnes de filer au fuseau, ny d’avoir des fuseaux chez soy sur peine de la vie. Au bout de quinze ou seize ans, le Roi & la Reine estant allez à une de leurs Maisons de plaisance, il arriva que la jeune Princesse courant un jour dans le Château, & montant de chambre en chambre, alla jusqu’au haut d’un donjon dans un petit galletas, où une bonne Vieille estoit seule à filer sa quenoüille. Cette bonne femme n’avoit point ouï parler des deffenses que le Roi avoit faites de filer au fuseau. Que faites-vous-là, ma bonne femme, dit la Princesse; je file, ma belle enfant, luy répondit la vieille qui ne la connoissoit pas. Ha! que cela est joli, reprit la Princesse, comment faites-vous? donnez-moy que je voye si j’en ferois bien autant. Elle n’eust pas plutost pris le fuseau, que comme elle estoit fort vive, un peu estourdie, & que d’ailleurs l’Arrest des Fées l’ordonnoit ainsi, elle s’en perça la main, & tomba évanouie. La bonne vieille bien embarrassée, crie au secours: on vient de tous costez, on jette de l’eau au visage de la Princesse, on la délasse, on luy frappe dans les mains, on luy frotte les temples avec de l’eau de la Reine de Hongrie; mais rien ne la faisoit revenir. Alors le Roy, qui estoit monté au bruit, se souvint de la prédiction des Fées, & jugeant bien qu’il falloit que cela arrivast, puisque les Fées l’avoient dit, fit mettre la Princesse dans le plus bel appartement du Palais, sur un lit en broderie d’or & d’argent; on eut dit d’un Ange, tant elle estoit belle; car son évanoüissement n’avoit pas osté les couleurs vives de son teint: ses jouës estoient incarnates, & ses lévres comme du corail: elle avoit seulement les yeux fermez, mais on l’entendoit respirer doucement, ce qui faisoit voir qu’elle n’estoit pas morte. Le Roi ordonna qu’on la laissast dormir en repos, jusqu’à ce que son heure de se réveiller fust venuë. La bonne Fée qui luy avoit sauvé la vie, en la condamnant à dormir cent ans, estoit dans le Royaume de Mataquin, à douze mille lieuës de là lorsque l’accident arriva à la Princesse; mais elle en fut avertie en un instant par un petit Nain, qui avoit des bottes de sept lieuës, (c’estoit des bottes avec lesquelles on faisoit sept lieuës d’une seule enjambée.) La Fée partit aussi tost, & on la vit au bout d’une heure arriver dans un chariot tout de feu, traisné par des dragons. Le Roi luy alla presenter la main à la descente du chariot. Elle approuva tout ce qu’il avoit fait; mais comme elle estoit grandement prévoyante, elle pensa que quand la Princesse viendroit à se réveiller, elle seroit bien embarassée toute seule dans ce vieux Château: voicy ce qu’elle fit. Elle toucha de sa baguette tout ce qui estoit dans ce Chasteau, (hors le Roi & la Reine) Gouvernantes, Filles-d’Honneur, Femmes-de-Chambre, Gentilshommes, Officiers, Maistrés-d’Hostel, Cuisiniers, Marmitons, Galopins, Gardes, Suisses, Pages, Valets-de-pied; elle toucha aussi tous les chevaux qui estoient dans les Ecuries, avec les Palfreniers, les gros mâtins de basse cour, & la petite Pouffe, petite chienne de la Princesse, qui estoit auprés d’elle sur son lit. Dés qu’elle les eust touchez, ils s’endormirent tous, pour ne se réveiller qu’en même temps que leur Maistresse, afin d’estre tout prests à la servir quand elle en auroit besoin: les broches mêmes qui estoient au feu toutes pleines de perdrix & de faizans s’endormirent, & le feu aussi. Tout cela se fit en un moment; les Fées n’estoient pas longues à leur besogne. Alors le Roi & la Reine aprés avoir baisé leur chere enfant sans qu’elle s’éveillast, sortirent du Chasteau, & firent publier des deffenses à qui que ce soit d’en approcher. Ces deffenses n’estoient pas necessaires, car il crut dans un quart-d’heure tout au tour du parc une si grande quantité de grands arbres & de petits, de ronces & d’épines entrelassées les unes dans les autres, que beste ny homme n’y auroit pû passer: en sorte qu’on ne voyoit plus que le haut des Tours du Chasteau, encore n’estoit-ce que de bien loin. On ne douta point que la Fée n’eust encore fait là un tour de son metier, afin que la Princesse pendant qu’elle dormiroit, n’eust rien à craindre des Curieux.

The whole book is in the Sphinx app.

About this edition

The words
The author's text, copied word for word.
Left out
  • The source library's header, footer and license, in 2 places
  • The title page and opening pages before chapter 1, in 2 places
  • A preface, foreword or afterword, in 2 places
  • Notes and pages added by translators, editors or publishers, in 4 places
  • Page numbers and running heads from the printed pages, in 2 places
  • Closing line of the prose collection: 'FIN.'
  • Other material that isn't the author's, in 3 places
  • The tale's printed byline under its title (the app shows the author): 'par mr. perrault, de l'academie françoise.'
  • Closing line: 'FINIS.'